En 2025, l’Union européenne a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de renforcement de l’industrie de défense avec l’adoption du plan REARM Europe et la publication du Livre blanc sur la défense européenne. L’objectif affiché est clair : structurer une base industrielle plus intégrée, renforcer la souveraineté technologique européenne et réduire les dépendances stratégiques vis-à-vis des fournisseurs extra-européens.
Le plan repose notamment sur le développement d’achats conjoints entre États membres, l’augmentation des financements dédiés à l’innovation et à la production, ainsi que la montée en puissance de capacités industrielles européennes dans des domaines critiques. À cet effet, un mécanisme de 150 milliards d’euros de prêts a été prévu, mobilisant en particulier la Banque européenne d’investissement et des partenariats public-privé.
Cependant, malgré cette ambition, une contrainte structurelle demeure : la forte dépendance de nombreux systèmes de défense européens à des technologies d’origine américaine. Une part significative des équipements utilisés par les forces armées européennes intègre des composants ou des technologies soumis aux réglementations américaines ITAR et EAR. Cette situation peut limiter la liberté d’action des industriels européens, notamment en matière de transferts intra-européens, de coopérations internationales ou d’exportations vers des pays tiers.
Dans ce contexte, le contrôle des exportations s’impose comme un enjeu stratégique central. Il ne s’agit plus uniquement de vérifier la conformité réglementaire, mais bien de sécuriser la capacité de l’Europe à développer, produire et exporter ses propres systèmes de défense sans dépendre de décisions prises hors de son périmètre juridique. Les entreprises du secteur doivent ainsi renforcer leurs dispositifs de conformité, anticiper les impacts extraterritoriaux des réglementations américaines et intégrer l’export control dès les phases amont de conception et de partenariat industriel.
Le renforcement de l’industrie de défense européenne ne repose donc pas uniquement sur l’investissement financier. Il implique également une maîtrise accrue des chaînes de valeur, des technologies critiques et des cadres réglementaires applicables, afin de garantir une véritable autonomie stratégique à long terme.