Depuis le 9 octobre 2025, le Ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie (METI) a mis en œuvre une réforme structurante de son régime de contrôle des exportations, marquant une évolution majeure pour les entreprises exportant des biens dits « à usage général ».
Le cœur de cette réforme repose sur l’extension de la clause dite “catch-all”. Désormais, même lorsque des biens ne figurent pas explicitement sur les listes de contrôle japonaises, les exportateurs sont tenus de demander une licence dès lors qu’il existe un risque d’utilisation militaire. Cette obligation concerne notamment des machines-outils, des circuits intégrés, des composants électroniques avancés ou encore des pièces destinées aux drones (UAV), des catégories largement utilisées dans l’industrie civile mais facilement détournables.
Afin de lutter plus efficacement contre les stratégies de contournement, le METI dispose désormais d’un pouvoir renforcé de notification directe. Les autorités peuvent ainsi informer une entreprise qu’une licence est requise pour une transaction donnée, notamment lorsqu’un risque de transfert indirect vers des zones sensibles, comme la Russie, est identifié. Cette approche proactive renforce considérablement la responsabilité des exportateurs, même en l’absence de signalement initial de leur part.
Par ailleurs, le Japon a procédé à une mise à jour de sa liste d’utilisateurs étrangers sensibles, avec l’ajout de 87 nouvelles entités suspectées de contribuer au développement d’armes de destruction massive. Toute relation commerciale avec ces acteurs fait désormais l’objet d’un examen renforcé, voire d’une interdiction d’exportation sans autorisation préalable.
Dans son ensemble, cette réforme rapproche le cadre japonais du modèle européen, en particulier du Règlement (UE) 2021/821, en renforçant l’analyse de l’usage final, du client et du contexte géopolitique. Elle traduit une tendance globale : les biens à usage général ne sont plus considérés comme neutres, dès lors qu’ils peuvent contribuer à des capacités militaires ou stratégiques.
Pour les entreprises, ces évolutions imposent un renforcement des procédures internes de conformité export, une meilleure circulation de l’information entre les équipes commerciales, techniques et conformité, ainsi qu’une vigilance accrue sur les destinations, les clients et les usages finaux. Le cas japonais illustre clairement que le contrôle des exportations devient un outil central de politique de sécurité, bien au-delà des seuls biens explicitement militaires.