Europe

L’affaire Nexperia : un tournant pour la souveraineté technologique et la sécurité économique européenne

L’affaire Nexperia constitue un signal fort pour l’Europe en matière de sécurité économique et de souveraineté technologique. À la suite du rachat de la fonderie britannique Newport Wafer Fab par le groupe chinois Wingtech Technology, les autorités britanniques ont imposé une cession de l’actif… deux ans après la finalisation de la transaction. Une décision rare, mais lourde de sens.

Ce dossier illustre l’évolution profonde des politiques européennes en matière de contrôle des investissements étrangers. Les semi-conducteurs, qu’il s’agisse de puces avancées, de technologies 5G ou de capacités de production industrielle, sont désormais considérés comme des actifs stratégiques à haut risque. Leur détention ou leur contrôle par des acteurs extra-européens est analysé sous l’angle de la souveraineté, et non plus uniquement de la logique économique.

Le recours par le Royaume-Uni au National Security and Investment Act confirme cette approche dite security-first. Ce cadre juridique permet à l’État d’intervenir a posteriori, y compris pour annuler ou démanteler une opération déjà réalisée, dès lors qu’elle est jugée susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale ou à l’autonomie technologique.

Au-delà du cas britannique, l’affaire Nexperia envoie un signal clair à l’échelle européenne. Le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas renforcent tous leurs mécanismes de screening des investissements étrangers, avec une attention particulière portée aux technologies critiques, aux infrastructures industrielles sensibles et aux chaînes de valeur stratégiques.

Pour les entreprises, les conséquences sont concrètes. Les opérations de fusions-acquisitions, de prise de participation ou de partenariats industriels doivent désormais intégrer pleinement le risque d’intervention étatique. Cela implique de cartographier précisément l’actionnariat, d’anticiper les clauses de sortie ou de réversibilité, et d’adapter les processus M&A aux exigences croissantes des autorités nationales.

En filigrane, cette affaire confirme une tendance de fond : la souveraineté technologique devient un critère d’investissement à part entière. Dans les secteurs sensibles, la conformité réglementaire, la maîtrise des chaînes de contrôle et l’anticipation des risques géopolitiques sont désormais indissociables de la stratégie industrielle.